sábado, 6 de junio de 2026

Condamnation à l’oubli et à la ruine

 

Suspendue au fer et à la pluie,
comme un cadavre cérémoniel,
la vieille horloge de la rue
veille sur une ville spectrale.

Elle ne mesure plus les heures humaines.
Combien de fissures ?
Combien de poussière et de cendre ?
Elle raconte la putréfaction
de tout ce qui fut un jour
fixé sur pellicule.

En dessous dormait la librairie.

Le café frémissait lentement
tandis que les amants feignaient
que l’éternité pouvait tenir
entre des films, des pages
et les cigarettes du crépuscule.

Mais la lumière résiste,
la lumière résiste à l’immortalité,
lorsqu’elle est vécue,
lorsqu’elle est aimée.

Parfois tu reviens.

Non par nostalgie :
la nostalgie est une autre manière
d’obéir au cadavre.
Tu reviens parce qu’une part de toi
est restée prisonnière là-bas,
tournant en rond
comme les aiguilles immobiles
de cet artifice condamné.

La ville continue en dessous :
prostituées, mendiants
et chiens sous le brouillard,
ombres traversant le froid
sans savoir encore
ce que le temps réclame.

Mais là-haut,
au-dessus de nous tous,
elle demeure.

Rongée.
Aveugle.
Suspendue.

Personne ne se souvient du nom
de ceux qui s’y embrassèrent ;
personne ne se souvient des voix,
des trahisons,
des promesses
invincibles.

Parfois tu crois entendre quelque chose :
un rire bref,
le froissement d’une page,
mais non...

C’est la ruine
qui se répète elle-même.

Et ceux qui reviennent
ne reviennent pas pour trouver quelque chose,
mais pour vérifier
que la blessure
est toujours ouverte.

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