Ha muerto Miguel Guerrero del cual dos historias fueron inspiración sus palabras para mi obra. Aquí está presente en Martirio:
[Pfff... Tibéria parece hacer una pausa, dejando atrás el bullicio un instante.]
Fue un día gris, un día como hoy cuando reviso estas líneas. Diluvió en la mañana y, cuando escampó, eché a andar. Eché a andar y una nostalgia me consumó, oler los pétalos de flor ya era costumbre. Les había comentado que las calles fueron mejoradas y quitaron los faroles viejos. De sólo verlas me dolieron las piernas, y de sólo pensar, me dolió el corazón. El sonido de un radio me llegó por encima del ruido de los carros y su smog, y doblé la Esquina de la Neumonía. Se llama así, pues, al estar allí, el viento le quema a uno la cara. Contaba Arcadio que, en la antigüedad, era la Esquina de los Céfiros; un lugar donde las personas concurrían y utilizaban una hornacina con una vela para encender los cigarrillos.
Allí se hallaban una mujer pobremente vestida (pero bien dotada para fornicar) vendiendo aceite de marihuana, aceite de coca para los dolores, y un sujeto lustrando las botas de un hombre con sombrero. El hombre era un bohemio; fumaba su pipa tallada en madera[1], y el humo salía a jirones de sus labios. Los sombreros de ala corta con cintas se pusieron de moda por las películas argentanas de La Plata. Los sombreros vaqueros, en cambio, fueron popularizados por las películas del Oeste. Antes los hombres vestían con elegancia, tanta elegancia…
[1] Un conocido de la familia, el fotógrafo Misael Guerrico, comentaba que a su amigo Lalo le gustaba fumar en pipas curadas. El hombre viajaba a la costa (tierra de amabilidad y hospitalidad, tierra de holgazanes y parias: escandalosos de porquería) para conseguir picadura Alfa, que mezclaba con otra almania. Fue así como los tabacos, las pipas y los puros se volvieron parte de su existencia. Lalo murió, y la pipa pasó a manos de Misael, quien jamás fumaría.
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Miguel Guerrero has died, a man whose words in two of his stories inspired passages of my work. Here he is present in Martyrdom:
[Pfff... Tiberia seems to pause, leaving the bustle behind for a moment.]
It was a gray day, a day like today as I reread these lines. It poured that morning, and when the rain let up, I set off walking. I walked, and a wave of nostalgia overtook me; smelling flower petals had already become a habit. I had told you that the streets had been improved and that the old lampposts had been removed. Just looking at them made my legs ache, and just thinking about it made my heart ache. The sound of a radio reached me above the noise of the cars and their smog, and I turned onto Pneumonia Corner. It is called that because, standing there, the wind burns your face. Arcadio used to say that in ancient times it was Zephyrs' Corner, a place where people gathered and used a wall niche holding a candle to light their cigarettes.
There stood a poorly dressed woman (though well endowed for fornication), selling marijuana oil, coca oil for aches and pains, and a man polishing the boots of another man wearing a hat. The man was a bohemian; he smoked a hand-carved wooden pipe[1], and the smoke drifted from his lips in ragged wisps. Short-brimmed hats with ribbons became fashionable thanks to Argentine films from La Plata. Cowboy hats, on the other hand, were popularized by Western movies. Men used to dress with elegance—such elegance...
[1] A family acquaintance, the photographer Misael Guerrico, used to say that his friend Lalo enjoyed smoking from well-seasoned pipes. The man traveled to the coast (a land of kindness and hospitality, a land of idlers and outcasts—damned noisy scoundrels) to obtain Alfa pipe tobacco, which he mixed with another German blend. That is how tobacco, pipes, and cigars became part of his existence. Lalo died, and the pipe passed into Misael's hands, though he would never smoke it.
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Miguel Guerrero est décédé, et deux de ses récits ont inspiré des passages de mon œuvre. Il est présent ici dans Martyre :
[Pfff... Tibéria semble marquer une pause, laissant un instant derrière elle le tumulte.]
C'était une journée grise, une journée comme aujourd'hui où je relis ces lignes. Il a plu à torrents le matin et, lorsque la pluie a cessé, je me suis mis en marche. Je marchais, envahi par une profonde nostalgie ; respirer le parfum des pétales de fleurs était déjà devenu une habitude. Je vous avais raconté que les rues avaient été rénovées et que les vieux réverbères avaient disparu. Rien que de les voir, mes jambes me faisaient mal ; rien que d'y penser, c'était mon cœur qui souffrait. Le son d'une radio me parvenait au-dessus du vacarme des voitures et de leur smog, et je tournai au Coin de la Pneumonie. On l'appelle ainsi parce que, là-bas, le vent vous brûle le visage. Arcadio racontait qu'autrefois on l'appelait le Coin des Zéphyrs, un endroit où les gens se réunissaient et utilisaient une niche murale contenant une bougie pour allumer leurs cigarettes.
Là se trouvaient une femme pauvrement vêtue (mais bien pourvue pour la fornication), qui vendait de l'huile de marijuana, de l'huile de coca contre les douleurs, ainsi qu'un homme qui cirait les bottes d'un autre homme coiffé d'un chapeau. Cet homme était un bohème ; il fumait une pipe en bois sculptée à la main[1], et la fumée s'échappait de ses lèvres en lambeaux. Les chapeaux à bords courts ornés d'un ruban sont devenus à la mode grâce aux films argentins de La Plata. Les chapeaux de cow-boy, quant à eux, furent popularisés par les westerns. Autrefois, les hommes s'habillaient avec élégance, tant d'élégance...
[1] Un ami de la famille, le photographe Misael Guerrico, racontait que son ami Lalo aimait fumer dans des pipes bien culottées. Cet homme se rendait sur la côte (terre de bonté et d'hospitalité, terre de paresseux et de parias : sacrés fauteurs de scandale) pour se procurer du tabac Alfa, qu'il mélangeait à un autre tabac allemand. C'est ainsi que le tabac, les pipes et les cigares finirent par faire partie de son existence. Lalo mourut, et la pipe passa entre les mains de Misael, qui, lui, ne la fuma jamais.
QEPD

Brillantes, como siempre, sus letras, admirado narrador.
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